Le content marketing se juge à une chose que les propositions commerciales évoquent rarement : la capacité à tenir un rythme pendant dix-huit mois sans que la qualité s'effondre. Écrire quelques articles brillants est facile. Publier chaque semaine des textes qu'un expert de votre secteur accepterait de signer, pendant assez longtemps pour que cela pèse sur vos ventes, est un problème d'organisation autant que d'écriture. C'est ce problème que vous achetez quand vous consultez une agence de content marketing.
Le déclencheur d'un projet de content marketing est presque toujours le même
Un blog a été lancé il y a quelques années, alimenté pendant un trimestre, puis abandonné. Ou bien les commerciaux réclament depuis des mois des documents à envoyer entre deux rendez-vous et personne n'a le temps de les écrire. Ou encore la direction veut exister sur un sujet technique où la concurrence publie déjà sérieusement. Dans les trois cas, le besoin réel n'est pas « du contenu », c'est une chaîne de production qui fonctionne sans mobiliser en permanence les personnes les plus occupées de l'entreprise.
Dites-le en ces termes lors de la consultation. Une structure qui répond par un nombre d'articles par mois vend un volume. Une structure qui vous interroge sur vos experts internes, leur disponibilité réelle et la façon dont on obtiendra leur validation vend une chaîne de production. La différence se voit au quatrième mois, quand les premiers retards apparaissent.
Agence, collectif de rédacteurs ou recrutement interne
Un pool de rédacteurs indépendants coûte moins cher au feuillet et laisse la direction éditoriale, la relecture et la coordination à votre charge. Cela fonctionne très bien lorsque quelqu'un chez vous tient réellement ce rôle, et très mal sinon : les textes arrivent hétérogènes, le ton change d'un auteur à l'autre, et la relecture finit par coûter plus cher que la rédaction.
Une agence de content marketing constituée apporte l'inverse : une ligne, un dispositif de relecture, une mémoire du sujet. Vous payez cette couche, et elle vaut son prix dès que le volume dépasse quelques textes par mois ou que le sujet demande de la précision technique. Le recrutement interne, enfin, devient rationnel quand la matière est très spécialisée et confidentielle, mais il crée un point de fragilité unique : une personne, ses congés et son départ éventuel.
Un critère tranche souvent le débat : votre sujet demande-t-il des entretiens avec vos propres experts. Si oui, choisissez la solution qui dispose d'intervieweurs et d'un processus de validation, parce que c'est là que tout se joue et que cela ne s'improvise pas.
La cession des droits n'est pas une clause de style
Un texte, une photographie, une illustration ou une vidéo sont protégés dès leur création et appartiennent à leur auteur. Le droit français exige que la cession soit écrite et qu'elle précise les droits transmis, les supports concernés, l'étendue géographique et la durée. Une facture portant la mention « rédaction d'articles » ne vaut pas cession. Sans contrat précis, vous pouvez vous retrouver à ne pas pouvoir réutiliser un texte payé dans un livre blanc, une publicité ou une traduction.
Deux points appellent une attention particulière. Le droit moral reste attaché à l'auteur et ne se cède pas : cela concerne notamment la signature et le respect de l'œuvre, ce qui a des conséquences concrètes quand vos textes sont publiés sous le nom d'un dirigeant. Et lorsque l'agence sous-traite, vérifiez qu'elle détient elle-même les droits qu'elle vous transmet, en particulier pour les illustrations et les visuels achetés sur des banques d'images dont les licences sont limitées.
Ce que l'écriture automatisée a changé, et ce qu'elle n'a pas changé
Produire du texte plausible ne coûte presque plus rien, et cela déplace la valeur de ce que vous achetez sous le nom de content marketing. Deux effets se cumulent. Le premier est une inflation de pages interchangeables qui ne se distinguent de celles du concurrent que par le logo. Le second est une baisse de la valeur du simple volume : ce qui reste rare, c'est une information que l'on ne trouve pas ailleurs, une donnée issue de votre activité, un point de vue assumé, un exemple précis.
Demandez donc à vos prestataires ce qu'ils automatisent et ce qu'ils ne veulent pas automatiser, qui relit, et comment les faits sont vérifiés. Ce n'est pas une question morale, c'est une question de risque : une affirmation inexacte publiée sous votre marque engage votre crédibilité auprès de la seule audience qui compte, celle qui connaît le sujet. Le bon partenaire assume ses outils et défend son processus de vérification.
Écrire pour le marché de Paris ne veut pas dire traduire
Beaucoup d'entreprises internationales installées à Paris adaptent des contenus conçus ailleurs, et l'adaptation littérale se repère immédiatement. Les références légales ne correspondent pas, les exemples cités sont inconnus des lecteurs, les intitulés de fonction ne sont pas ceux qu'on emploie ici, et le registre commercial paraît soit trop familier, soit trop insistant. Le lecteur ne se dit pas que c'est traduit, il se dit que ce n'est pas pour lui.
L'adaptation véritable suppose de retravailler les exemples, les objections traitées et parfois le plan entier, parce que les questions que se pose un acheteur ne sont pas les mêmes d'un marché à l'autre. Rappelez-vous par ailleurs qu'une mention publicitaire destinée au public doit être compréhensible en langue française : la loi l'impose, y compris lorsque votre marque communique habituellement en anglais.
Facturation au feuillet, à la capacité ou au dispositif
Le prix à l'article est lisible et pousse mécaniquement vers le texte court, sans entretien et sans recherche, parce que c'est le seul moyen de tenir la marge. La capacité mensuelle, où vous achetez un temps d'équipe plutôt qu'un nombre de livrables, permet d'investir sur un long format quand il le faut et de faire de la mise à jour, qui est souvent le travail le plus rentable et le moins vendu. Le forfait par dispositif, avec un objectif éditorial défini et un ensemble de formats, convient au lancement d'une offre mais s'essouffle sur la durée.
Quel que soit le modèle retenu, réservez explicitement une part du budget de content marketing à l'actualisation de l'existant. Les entreprises qui progressent le plus sont rarement celles qui publient le plus : ce sont celles qui réécrivent et enrichissent les quelques pages qui travaillent déjà pour elles.
Mesurer autre chose que des vues
Le nombre de lectures est l'indicateur le plus flatteur et le moins décisionnel. Trois mesures valent mieux. La première : les demandes entrantes dont le premier contact avec vous a été un contenu, information que votre formulaire peut capter en une question. La deuxième : la part de vos contenus réellement utilisés par vos commerciaux, qui se mesure en leur demandant. La troisième : l'évolution des pages qui génèrent des contacts, et non de celles qui génèrent des visites, car ce sont rarement les mêmes.
Acceptez aussi le calendrier. Un dispositif éditorial sérieux ne démontre rien avant plusieurs trimestres, et juger au premier mois revient à arrêter une culture avant la levée. Fixez la date de revue dès le départ, et décidez à l'avance de ce qui vaudra preuve.
Enfin, articulez cette production avec ses voisins plutôt que de tout confier au même endroit : la diffusion quotidienne relève d'équipes de social media, la visibilité durable sur les moteurs se pilote avec des spécialistes du référencement naturel, et les formats filmés demandent des équipes de production vidéo. Pour la vue d'ensemble du content marketing et de ce qu'il recouvre, consultez l'aperçu des agences de marketing de contenu, et si vous voulez comparer plusieurs propositions sur un même cahier des charges, vous pouvez décrire votre projet et recevoir des devis.